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Protéger ses créations : ce qu'un horodatage blockchain prouve pour un freelance

Protéger ses créations sans dépôt obligatoire : découvrez ce que prouve un horodatage blockchain, ce que fait l'enveloppe e-Soleau et qui détient les droits.

Artiste devant son ordinateur portable dans son atelier, entre peintures et crayons : une créatrice freelance qui cherche à protéger ses créations

Protéger ses créations : la réponse courte

Protéger ses créations ne demande aucun dépôt en France. Le droit d'auteur naît du seul fait de la création (article L111-1 du Code de la propriété intellectuelle) : pas de formulaire, pas de redevance, pas d'office. C'est pratique, mais cela veut dire aussi qu'on n'a aucun titre à brandir quand quelqu'un conteste.

L'horodatage blockchain intervient là, et il fait une seule chose correctement : il date un fichier. Vous calculez l'empreinte du fichier, elle entre dans un bloc, et quiconque détient les mêmes octets peut montrer que cette version existait au plus tard à ce moment. C'est une preuve d'antériorité utile. Ce n'est ni un droit d'auteur, ni un dépôt, et elle ne dit pas qui a créé l'œuvre.

Pour un freelance, cette différence décide de ce qu'on peut faire en cas de litige. Un enregistrement aide quand le débat porte sur le quand : un client dit que l'idée vient de lui, un imitateur que sa version est plus ancienne. Il aide très peu sur le à qui, que règle le contrat signé. Aux États-Unis, le droit d'agir et les dommages-intérêts forfaitaires dépendent en plus d'un enregistrement auprès du Copyright Office.

La page Chaindoc pour les freelances montre comment le même enregistrement s'attache à un contrat signé.

Ce qui est vraiment inscrit sur la blockchain

Rien de ce que vous avez créé n'est inscrit sur la chaîne. Ce qui l'est, c'est une empreinte (un hash) : un identifiant de longueur fixe calculé à partir des octets du fichier avec une fonction comme SHA-256. Modifiez un pixel ou une virgule, et l'empreinte change du tout au tout. On ne peut pas reconstituer le fichier à partir de son empreinte : l'enregistrer ne publie donc pas votre œuvre.

Chaque bloc porte une heure. L'enregistrement dit en substance : « un fichier ayant cette empreinte existait à ce moment ». Pour s'en servir plus tard, il faut trois choses :

  • le fichier d'origine, octet pour octet, conservé à un endroit que vous contrôlez ;
  • la transaction qui contient son empreinte ;
  • quelqu'un qui montre que les deux concordent, en recalculant l'empreinte et en lisant l'heure du bloc.

Cette dernière étape est une pratique forensique courante, et c'est elle qui donne sa crédibilité à l'enregistrement. Devant les tribunaux fédéraux américains, une personne qualifiée peut certifier qu'une copie est identique à l'original en comparant des empreintes (Federal Rules of Evidence, Rule 902(14)). En France, la création est un fait que l'on prouve par tout moyen (article 1358 du Code civil) : une empreinte datée est un élément de plus, que le juge apprécie avec les autres. La blockchain y ajoute une date venue de l'extérieur.

Voici, concrètement, ce que Chaindoc inscrit sur la chaîne. Quand vous téléversez un document, le serveur en calcule l'empreinte. Quand vous publiez une version, l'empreinte de cette version est écrite sur une blockchain publique. Quand tous les signataires ont signé, une preuve est enregistrée pour chacun d'eux. Votre fichier n'est jamais sur la chaîne, pas plus que les noms, les adresses e-mail ou d'autres identités : ils restent dans la piste d'audit de Chaindoc, hors chaîne.

Preuve d'antériorité : ce qu'un horodatage prouve, et ce qu'il ne prouve pas

Voyez l'enregistrement d'une empreinte comme un très bon cachet de la poste. Il répond avec une grande assurance à une seule question : ce fichier exact existait-il à cette date ? Tout le reste est déduction, et un juge voudra d'autres éléments pour l'admettre.

L'enregistrement aide surtout dans un conflit d'antériorité. Imaginons que vous ayez présenté trois pistes de logo en mars, que le client ait renoncé, et qu'en juin sa nouvelle marque ressemble beaucoup à la piste deux. Pour établir la contrefaçon, il faut une œuvre protégée qui vous appartient et la reprise de ce qui est protégé en elle. Votre empreinte de mars ne prouve pas la reprise. Elle fixe en revanche votre piste à une date antérieure à la marque, ce qui rend « nous y sommes arrivés seuls » bien plus difficile à soutenir à côté des e-mails où il consulte vos projets.

La liste de ce qu'elle ne peut pas faire est plus longue. Une empreinte n'identifie pas un auteur : celui qui a téléversé le fichier a créé l'enregistrement, et rien n'empêche d'enregistrer l'œuvre d'un autre. Elle ne montre pas l'originalité : on date une photo de banque d'images aussi facilement que son propre dessin. Elle ne montre pas qu'aucune version plus ancienne n'existe ailleurs. Elle ne cède ni ne réserve aucun droit. Et elle ne correspond qu'aux octets exacts enregistrés : le JPEG recompressé par un réseau social, ou le PDF réexporté par un client, n'a plus l'empreinte de votre original.

Franchement, la plupart de ce qui s'écrit sur la blockchain et la propriété intellectuelle brouille ces limites. Un enregistrement prouve l'existence et l'intégrité. Pour prouver la paternité d'une œuvre, on s'y prend toujours à l'ancienne : fichiers sources, croquis, dates de vos fichiers de travail, brief, facture. La blockchain rend la partie « date » de ce récit difficile à contester. Elle n'écrit pas le reste à votre place.

Une empreinte prouve un fichier, pas une personne

Si quelqu'un téléverse votre illustration avant vous, la chaîne enregistrera son téléversement avec la même fidélité. Un enregistrement blockchain vaut pour le premier arrivé, pas pour le premier créateur. C'est pourquoi il fonctionne comme une habitude : vous enregistrez vos propres brouillons pendant que vous les réalisez, et non en réaction après avoir repéré une copie. Un enregistrement fait le lendemain du début du litige n'apprend presque rien à un juge sur celui qui avait l'œuvre en premier.

Carnet de croquis et brouillons imprimés sur un bureau : les fichiers de travail qu'on peut dater pour protéger ses créations

Ces brouillons sont ce qu'une empreinte date le mieux. Enregistrez-les pendant que vous travaillez, pas après avoir repéré une copie.

Quatre chiffres pour situer la preuve et la protection

Relevés le 14 octobre 2026 sur le site de l'INPI, dans le Code de la propriété intellectuelle et dans le barème du Copyright Office. Le dernier chiffre vous concerne si votre client est aux États-Unis.

Dépôt e-Soleau (INPI)
15 €

Jusqu'à 50 Mo, puis 10 € par tranche de 50 Mo supplémentaire. Ce prix couvre une période de conservation de cinq ans (INPI).

Conservation du dépôt
5 ans

Prorogeable par périodes de cinq ans, jusqu'à 20 ans au total. Le dépôt ne confère aucun droit de propriété intellectuelle sur son contenu (INPI).

Durée du droit d'auteur
70 ans

Après le décès de l'auteur, le droit persiste au profit de ses ayants droit pendant l'année civile en cours et les soixante-dix années qui suivent (article L123-1 du CPI). Aucun dépôt n'y change rien.

Enregistrement en ligne aux États-Unis
45 $

Données américaines. Single Application du U.S. Copyright Office : un auteur, une œuvre, hors commande en work made for hire. La Standard Application coûte 65 $.

Dépôt de droit d'auteur : pourquoi il n'existe pas en France (et ce que fait l'US Copyright Office)

Chercher un « dépôt de droit d'auteur », c'est chercher un guichet qui n'existe pas. L'article L111-1 du CPI fait naître le droit du seul fait de la création, et l'article L111-2 précise que l'œuvre est réputée créée du seul fait de la réalisation, même inachevée, de la conception de l'auteur. Pas d'enregistrement, pas de condition de forme : l'INPI rappelle que ces œuvres sont protégées sans aucune formalité. Ses registres reçoivent des marques, des brevets et des dessins et modèles, c'est-à-dire d'autres titres, avec d'autres conditions.

Les clients américains voient les choses autrement. Là-bas, on conseille d'enregistrer auprès du Copyright Office, parce que l'enregistrement apporte trois choses qu'aucun horodatage n'apporte.

Le droit d'agir. Pour une œuvre américaine, la FAQ du Copyright Office est nette : il faut enregistrer avant d'engager une action en contrefaçon. Un enregistrement blockchain ne remplit pas cette condition.

Des dommages-intérêts forfaitaires et les frais d'avocat. Ils sont exclus pour une atteinte commencée avant l'enregistrement, sauf enregistrement dans les trois mois de la première publication. Pour un freelance, cela décide souvent de l'intérêt d'agir : chiffrer le manque à gagner réel sur une seule illustration est difficile.

Une présomption. Un certificat délivré avant, ou dans les cinq ans suivant la première publication, vaut preuve prima facie de la validité du droit d'auteur et de l'exactitude des faits mentionnés. La charge de la preuve change de camp. Un enregistrement blockchain n'a aucun poids légal de ce genre aux États-Unis.

D'où le partage honnête. Pour protéger ses créations en France, il n'y a rien à enregistrer : ce que vous pouvez faire, c'est dater. Avec un client américain, enregistrez là-bas les œuvres pour lesquelles vous iriez en justice : un logo phare, une police, un livre, une série de photos que vous concédez sous licence. Pour tout ce qui se trouve entre les deux (brouillons, pistes, présentations refusées, retours du client), l'horodatage est le bon outil, parce que personne ne les enregistrera un par un.

Preuve d'antériorité : la blockchain face aux autres preuves de date

PreuveCe qu'elle montreCe qu'elle ne montre pasCoût et statut

Empreinte sur une blockchain publique

Ce fichier exact existait au plus tard à l'heure du bloc

Qui l'a créé, son originalité, à qui il appartient

Fournie par l'outil qui l'écrit ; une présomption légale n'existe que pour les registres électroniques qualifiés (eIDAS, art. 45 duodecies, § 2)

Horodatage électronique qualifié (UE)

Date, heure et intégrité, présumées exactes selon l'article 41, § 2, d'eIDAS

La paternité ou la titularité

Délivré par des prestataires de services de confiance qualifiés, contre paiement

e-Soleau (INPI), version en ligne de l'enveloppe Soleau

Qu'une création existait à une date donnée, au profit du déposant

L'originalité ; il ne confère aucun droit de propriété intellectuelle

15 € jusqu'à 50 Mo ; conservation de cinq ans, prorogeable jusqu'à 20 ans

Constat d'un commissaire de justice

Ce que le commissaire a constaté lui-même, à la date du constat

La création ou l'originalité

Honoraires par constat ; peu pratique pour des versions de travail successives

Lettre recommandée à soi-même

La date d'un cachet postal sur une enveloppe

Le contenu de l'enveloppe, et rien de ce que la loi reconnaît comme protection

Le prix d'un timbre ; indice faible, sans statut particulier en droit d'auteur

Jeton WIPO PROOF

L'empreinte d'un fichier et une date

La paternité

Plus de nouveaux jetons depuis le 31 janvier 2022 ; les anciens restent valables

Brouillons, fichiers sources, historique des versions

Votre processus de travail dans le temps

Une date que personne ne pourrait contester, puisque les fichiers se modifient

Gratuit ; le poids dépend des circonstances

Enveloppe Soleau, lettre recommandée et WIPO PROOF

Se poster à soi-même une copie sous pli fermé est la plus vieille version de cette idée. Le Copyright Office américain rappelle que ce « poor man's copyright » n'a aucune base dans la loi et ne remplace pas l'enregistrement. En France, un cachet postal reste un indice de date, rien de plus.

L'INPI propose mieux avec e-Soleau, la version en ligne de l'enveloppe Soleau : un dépôt payant qu'il présente comme la preuve qu'une création existait à une date donnée, au profit du seul déposant. WIPO PROOF, le service numérique de l'OMPI, a délivré des jetons jusqu'au 31 janvier 2022. Pour une date difficile à contester, le constat d'un commissaire de justice est l'option la plus lourde.

Un service de preuve peut fermer

WIPO PROOF l'a fait, et l'OMPI a maintenu la validité des jetons déjà émis, ce qui est la bonne issue. Avant de vous appuyer sur un service d'horodatage, demandez-vous ce que vous pourriez présenter sans lui : le fichier d'origine, son empreinte et l'enregistrement qui contient l'empreinte. Gardez vous-même une copie des deux premiers, quel que soit l'outil. Le fichier est ce que les gens perdent, et sans lui l'enregistrement ne prouve rien.

Droit d'auteur du freelance : qui détient les droits, vous ou le client ?

Aucune blockchain ne répond à cette question. Le contrat y répond, et le droit français part d'un principe qui surprend beaucoup de clients : l'auteur est celui qui a créé l'œuvre, et l'existence d'un contrat de louage d'ouvrage ou de service n'y déroge pas (article L111-1, alinéa 3, du CPI). Que le client paie ne change rien : sans écrit, le freelance reste titulaire de ses droits.

Cession, licence et mentions obligatoires

Les droits patrimoniaux se transmettent par cession ou par licence. Les contrats qui transmettent des droits d'auteur doivent être constatés par écrit (article L131-2), et la cession n'est valable que si chaque droit cédé fait l'objet d'une mention distincte et si le domaine d'exploitation est délimité quant à son étendue, sa destination, son lieu et sa durée (article L131-3). Une clause qui « cède tous les droits » sans rien détailler ne fait donc pas ce qu'elle annonce : elle ne vaut que pour ce qui est nommé et délimité. Si une graphiste lyonnaise livre un logo à une agence parisienne avec un contrat muet sur la durée et le territoire, l'agence n'en tire pas une cession mondiale et perpétuelle : le texte exige que ces limites soient écrites. Le droit moral, lui, reste attaché à l'auteur, perpétuel et inaliénable (article L121-1).

Salariés, logiciels et clauses américaines

Savoir si vous êtes salarié dépend des critères du salariat déguisé, pas de votre intitulé de poste. Le salarié reste auteur, sans cession automatique à l'employeur ; l'exception de principe est le logiciel, dont les droits patrimoniaux sont dévolus à l'employeur lorsqu'un employé le crée dans l'exercice de ses fonctions ou d'après ses instructions (article L113-9).

Avec un client américain, vous croiserez la clause « work made for hire ». Selon 17 U.S.C. § 101, une commande n'a ce statut que si elle entre dans l'une des neuf catégories de la loi et si les deux parties le conviennent par écrit ; tout le reste demande une cession signée (§ 204(a)). Le droit français ne connaît aucun des deux mécanismes : l'auteur reste l'auteur, et dans un contrat soumis au droit français, la clause se lit au mieux comme une cession, qui doit alors respecter l'article L131-3.

Qui détient un travail de freelance en droit français

MontageAuteurQui peut exploiterFormalitésRetour en arrière et limites

Aucun contrat

Le freelance

Le client, au plus pour l'usage que la commande suppose ; sans écrit, il n'y a pas de cession (L131-2)

Aucune

Droit moral inaliénable (L121-1)

Licence non exclusive

Le freelance

Le client dans le périmètre accordé ; le freelance et les tiers restent libres d'exploiter

Écrit (L131-2)

Selon les termes et la durée du contrat

Cession complète conforme à L131-3

Le freelance

Le client, pour les droits mentionnés et le domaine délimité

Écrit ; mention distincte de chaque droit ; étendue, destination, lieu, durée (L131-2, L131-3)

Rémunération proportionnelle en principe, avec des cas de forfait (L131-4) ; droit moral inaliénable (L121-1)

Cession « de tous droits » sans détail

Le freelance

Le client, seulement pour ce qui est nommé et délimité ; le reste demande un nouvel accord (L131-3)

Écrit, mais incomplet

Les droits non mentionnés ne passent pas

Salarié

Le salarié

L'employeur, sans cession automatique ; pour un logiciel, l'employeur seul (L113-9)

Contrat de travail

L'auteur salarié garde la jouissance de son droit (L111-1, al. 3), sauf exceptions du code

Clause « work made for hire » d'un client américain

Le freelance en droit français

Le client, dans la mesure où la clause vaut cession conforme à L131-3

Écrit signé des deux parties selon le droit américain

Pas d'équivalent en droit français ; l'auteur ne change jamais

« Cession de tous droits » sur un contrat de logo : ce que dit L131-3

Un logo, une charte graphique ou une série de photos de produits est rarement bien couvert par une clause qui promet simplement « tous les droits ». Le texte français demande de nommer chaque droit et de délimiter étendue, destination, lieu et durée. Et protéger un logo comme œuvre n'est pas le protéger comme marque : pour cela, il faut le déposer à l'INPI, un autre titre avec un autre registre. En tant que freelance, vous pouvez lier la cession au paiement complet : vous gardez ainsi quelque chose en main tant que la dernière facture reste ouverte.

Enregistrer vos brouillons et le contrat qui les couvre ?

Chaindoc écrit l'empreinte de chaque version publiée sur une blockchain publique et enregistre une preuve pour chaque signataire quand le contrat est terminé. Démarrez avec l'offre gratuite : 5 signatures par mois, sans carte bancaire.

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Protéger une œuvre en Europe : eIDAS, horodatage qualifié et registres

Dans la plupart des pays, on n'a rien à enregistrer avant d'agir en justice. La question de savoir qui avait l'œuvre en premier y pèse donc davantage.

La convention de Berne interdit aux pays membres de subordonner à une formalité les droits qu'elle couvre (article 5, § 2), et celui dont le nom figure sur l'œuvre de la manière usuelle est présumé en être l'auteur (article 15, § 1). La France le prévoit à l'article L113-1 du CPI : la qualité d'auteur appartient, sauf preuve contraire, à celui sous le nom de qui l'œuvre est divulguée. La présomption ne vaut toutefois que pour l'œuvre divulguée, et la preuve contraire la renverse : pour un brouillon qui n'a jamais circulé, il faut une autre pièce, et c'est là que la date entre en jeu.

Sur les dates, le droit de l'Union va plus loin. Selon le règlement eIDAS, on ne peut refuser d'effet juridique ni de recevabilité en justice à un horodatage électronique au seul motif qu'il est électronique (article 41, § 1), et un horodatage électronique qualifié bénéficie d'une présomption d'exactitude de la date et de l'heure et d'intégrité des données (article 41, § 2). Depuis 2024, les registres électroniques reçoivent un traitement parallèle : un registre ne peut être privé d'effet au seul motif de sa forme électronique, et les enregistrements d'un registre qualifié bénéficient d'une présomption de classement chronologique et d'intégrité (article 45 duodecies). Les registres qualifiés sont gérés par des prestataires de services de confiance qualifiés (article 45 terdecies), un statut que l'on peut vérifier sur la liste de confiance de l'UE. Un enregistrement ordinaire sur une blockchain publique, y compris celui qu'écrit Chaindoc, ne peut pas être écarté au seul motif qu'il est électronique (article 45 duodecies, § 1). La présomption plus forte appartient aux seuls registres qualifiés.

La Suisse ne connaît pas non plus de registre des œuvres (IGE). D'autres pays tiennent des registres facultatifs : le Registro de la Propiedad Intelectual espagnol, l'INDAUTOR mexicain, la Biblioteca Nacional brésilienne. Aucun n'est une condition de la protection. C'est là que l'enregistrement blockchain trouve sa meilleure place à l'étranger : un justificatif daté et peu coûteux pour les nombreux fichiers que vous n'enregistrerez jamais, à côté du registre officiel pour les quelques-uns que vous enregistrerez.

Blockchain et propriété intellectuelle : au-delà de la date

Dater des fichiers est la partie de la blockchain appliquée à la propriété intellectuelle qui fonctionne aujourd'hui. Les autres usages sont inégaux :

  • Licences et redevances. Des contrats intelligents peuvent payer automatiquement un concédant quand un jeton de licence change de mains. Cela marche à l'intérieur d'une place de marché. En dehors, un tribunal lit le texte de la licence, pas le code.
  • NFT. En acheter un transfère en général un jeton, pas l'œuvre ni ses droits, sauf si un écrit en dispose autrement (en France, un contrat qui transmet des droits d'auteur doit être constaté par écrit, article L131-2).
  • Les offices de propriété intellectuelle qui explorent des registres partagés. L'OMPI conduit un chantier de normalisation sur la blockchain à leur intention ; rien n'y change la façon dont naît votre droit d'auteur.
  • Le suivi anticontrefaçon de produits physiques, plus proche des marques que du travail de freelance.
  • Des accords signés avec un enregistrement daté de chaque version. Le point le moins spectaculaire, et le plus utile pour un freelance, car il relie le fichier, la version et la signature du client.

Le fil commun des projets de blockchain et de propriété intellectuelle : un registre enregistre bien que quelque chose a eu lieu, et quand. Il ne décide pas de ce que le droit en fait. Tout ce qui demande la seconde moitié finit encore par un contrat et, parfois, par une salle d'audience.

Une routine pour prouver la paternité d'une œuvre

Rien de tout cela n'exige un avocat sous la main ni un cours accéléré de blockchain appliquée à la propriété intellectuelle. Pour protéger ses créations au quotidien, il faut quelques habitudes, prises tant que le travail est frais.

  1. 1.
    Enregistrez les brouillons à chaque étape, pas seulement le fichier final. Le tour de concept, l'orientation validée et les fichiers livrés ont chacun leur empreinte.
  2. 2.
    Gardez les octets d'origine à côté de leur enregistrement. Un PSD réenregistré a une nouvelle empreinte, et sa copie exportée aussi.
  3. 3.
    Calculez l'empreinte de la source, pas seulement de l'export. Fichiers à calques, croquis et dossiers de projet montrent le processus ; un PNG aplati ne montre qu'un résultat.
  4. 4.
    Écrivez la cession ou la licence dans le contrat avant de commencer : chaque droit nommé, étendue, destination, lieu, durée. Précisez si les droits passent à la signature ou au paiement final.
  5. 5.
    Faites signer le contrat. L'article L131-2 exige un écrit pour toute transmission de droits d'auteur, et un écrit électronique vaut écrit s'il identifie son auteur et reste intègre (articles 1366 et 1367 du Code civil). Voir quand le droit accepte une signature électronique.
  6. 6.
    Là où un registre existe, enregistrez ce pour quoi vous iriez en justice. Aux États-Unis, c'est avant la publication ou dans les trois mois qui suivent. En France, il n'y a rien à enregistrer : les brouillons datés et l'horodatage portent la charge.
  7. 7.
    Gardez la trace de la livraison : ce que vous avez envoyé, quand, à qui, et ce que le client a validé. Un outil de signature en conserve une partie ; notre guide de la piste d'audit explique ce qu'elle enregistre.

Un avertissement : l'étape 1 est celle que tout le monde saute. C'est aussi la seule qu'on ne peut pas faire après coup.

Quand la blockchain vaut la peine pour protéger ses créations

Pour protéger ses créations dans la pratique, c'est-à-dire pouvoir les dater et les défendre, un enregistrement blockchain vaut la peine quand vous produisez beaucoup de travail que vous n'enregistrerez jamais pièce par pièce mais dont vous pourriez un jour devoir prouver la date : concepts, brouillons, présentations commerciales, code, textes. Il vaut la peine quand des clients se disputent sur les versions, car une version hachée et signée règle vite la discussion. Et il vaut la peine quand vous envoyez déjà du travail à la signature, puisque l'enregistrement arrive avec le contrat au lieu d'une corvée à part.

Là où il ne suffit pas : en remplacement d'un enregistrement américain pour les quelques œuvres pour lesquelles vous iriez en justice, ou d'une clause de cession claire. Il ne sauvera pas non plus un litige sur une œuvre enregistrée après coup.

S'il fallait choisir un seul changement pour un freelance, il tiendrait en deux lignes. Écrivez la cession dans votre prochain contrat. Puis enregistrez les brouillons qui vont avec. L'enregistrement blockchain est la deuxième ligne, pas la première.

Sources consultées pour ce guide

Nous avons lu chaque page le 14 octobre 2026. Les tarifs et les textes évoluent : vérifiez le texte en vigueur avant de vous fier à un chiffre pour une œuvre précise.

  1. 1.Copyright in General (FAQ) · U.S. Copyright OfficeProtection dès la création et la fixation ; enregistrement volontaire, mais nécessaire pour agir en justice à propos d'une œuvre américaine ; le "poor man's copyright" ne remplace pas l'enregistrement. Consulté le 14 octobre 2026.
  2. 2.Fees · U.S. Copyright OfficeSingle Application 45 $, Standard Application 65 $, dépôt papier 125 $. Consulté le 14 octobre 2026.
  3. 3.Works Made for Hire (Circular 30) · U.S. Copyright OfficeQuatre conditions pour une œuvre de commande ; le commanditaire est auteur et titulaire ; les droits de résiliation ne s'appliquent pas. Consulté le 14 octobre 2026.
  4. 4.17 U.S.C. § 410, Registration of claim and issuance of certificate · Cornell Law School, Legal Information InstituteAlinéa (c) : preuve prima facie en cas d'enregistrement avant la première publication ou dans les cinq ans. Consulté le 14 octobre 2026.
  5. 5.17 U.S.C. § 412, Registration as prerequisite to certain remedies · Cornell Law School, Legal Information InstitutePas de dommages-intérêts forfaitaires ni de frais d'avocat pour une atteinte antérieure à l'enregistrement, sauf enregistrement dans les trois mois de la première publication. Consulté le 14 octobre 2026.
  6. 6.17 U.S.C. § 504, Remedies for infringement: damages and profits · Cornell Law School, Legal Information InstituteAlinéa (c) : de 750 à 30 000 $ par œuvre, jusqu'à 150 000 $ en cas d'atteinte délibérée. Consulté le 14 octobre 2026.
  7. 7.17 U.S.C. § 204, Execution of transfers of copyright ownership · Cornell Law School, Legal Information InstituteAlinéa (a) : un transfert de propriété exige un écrit signé. Consulté le 14 octobre 2026.
  8. 8.17 U.S.C. § 203, Termination of transfers and licenses granted by the author · Cornell Law School, Legal Information InstituteFenêtre de résiliation de cinq ans, ouverte 35 ans après la cession ; pas pour les work made for hire. Consulté le 14 octobre 2026.
  9. 9.Federal Rules of Evidence, Rule 902 · Cornell Law School, Legal Information Institute902(14) et note du comité de 2017 sur l'authentification de données copiées par empreinte. Consulté le 14 octobre 2026.
  10. 10.Convention de Berne pour la protection des œuvres littéraires et artistiques · WIPO LexArticle 5, § 2 : pas de formalités ; article 15, § 1 : présomption de qualité d'auteur. Consulté le 14 octobre 2026.
  11. 11.Règlement (UE) n° 910/2014 (eIDAS), texte consolidé du 18 octobre 2024 · EUR-LexArticle 41 sur les horodatages électroniques ; articles 45 duodecies et 45 terdecies sur les registres électroniques, ajoutés par le règlement (UE) 2024/1183. Consulté le 14 octobre 2026.
  12. 12.WIPO PROOF · Organisation mondiale de la propriété intellectuelleLa génération de nouveaux jetons a pris fin le 31 janvier 2022 ; les jetons émis restent valables. Consulté le 14 octobre 2026.
  13. 13.Code de la propriété intellectuelle · LégifranceArticles L111-1 et L111-2 (droit né de la création), L113-1 (présomption de la qualité d'auteur), L113-9 (logiciels des salariés), L121-1 (droit moral), L123-1 (soixante-dix ans), L131-1 à L131-4 (cession : écrit, mentions, rémunération). Consulté le 14 octobre 2026.
  14. 14.Code civil · LégifranceArticles 1358 (preuve par tout moyen), 1366 et 1367 (écrit et signature électroniques), 1377 (date certaine d'un acte sous signature privée). Consulté le 14 octobre 2026.
  15. 15.Se préparer au dépôt d'une e-Soleau · Institut national de la propriété industrielle (INPI)Preuve de l'existence d'une création à une date donnée ; aucun droit de propriété intellectuelle conféré ; 15 € jusqu'à 50 Mo ; conservation de cinq ans, prorogeable jusqu'à 20 ans. Consulté le 14 octobre 2026.
  16. 16.Foire aux questions de l'INPI : e-Soleau et droit d'auteur · Institut national de la propriété industrielle (INPI)Les œuvres sont protégées par le droit d'auteur sans aucune formalité ; e-Soleau est un moyen de preuve au profit du déposant. Consulté le 14 octobre 2026.
  17. 17.Urheberrecht · Institut fédéral de la propriété intellectuelle (IGE)En Suisse, la protection naît automatiquement avec la création ; il n'existe pas de registre. Consulté le 14 octobre 2026.
FAQ

Questions fréquentes

Trouvez les réponses essentielles sur Chaindoc et la signature sécurisée de documents.

Non. Il n'existe pas de dépôt de droit d'auteur : le droit naît de la création elle-même (article L111-1 du CPI), sans formalité ni redevance. Ce que vous pouvez faire, c'est rendre la création prouvable, avec des brouillons, des fichiers sources, un horodatage ou un dépôt e-Soleau à l'INPI. Un dépôt à l'INPI ne devient un titre que pour une marque, un brevet ou un dessin et modèle.

Pas seule. Un enregistrement blockchain prouve qu'un fichier ayant une empreinte donnée existait à un moment donné. La titularité vient de la paternité et des contrats : qui a créé l'œuvre, et qui a signé une cession ou une licence. L'enregistrement est un bon élément pour les dates et les versions, mais un juge a besoin du reste du récit.

Elle n'est pas un mécanisme prévu par la loi. Le cachet de la poste prouve l'envoi d'une enveloppe à une date, pas ce qu'elle contenait, et une enveloppe fermée se rouvre plus facilement qu'on ne le croit. C'est un indice faible, utile seulement à côté d'autres éléments.

Le freelance, sauf cession écrite. En droit français, l'auteur est celui qui crée l'œuvre, et un contrat de prestation n'y déroge pas (L111-1). Le client n'acquiert des droits que par un écrit qui nomme chaque droit cédé et délimite étendue, destination, lieu et durée (L131-2 et L131-3). Avec un client américain, d'autres règles peuvent s'appliquer : une commande ne devient work made for hire que dans neuf catégories et par écrit.

Constituez une trace datée en travaillant. Conservez les fichiers sources, les croquis et les premiers brouillons avec leurs dates d'origine, enregistrez l'empreinte des versions d'étape sur une blockchain ou par un horodatage qualifié, et gardez les e-mails et les briefs qui montrent ce que vous avez partagé et quand. Un enregistrement fait après avoir trouvé une copie prouve très peu : pour protéger ses créations, l'habitude compte plus que l'outil. Pour une date difficile à contester, le constat d'un commissaire de justice est l'option la plus solide.

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