Contrat de développement de logiciel : cession des droits, recette et modèle à adapter
Rédigez un contrat de développement de logiciel solide : cession des droits d'auteur (art. L131-3), recette, paiement par jalons et modèle de clauses à adapter.

Signez un document et vérifiez la preuve vous-même.
Commencer maintenantPourquoi écrire le contrat avant la première ligne de code
Un projet logiciel dérape rarement à cause du code. Il dérape parce que personne n'a écrit ce que « terminé » veut dire, ni à qui appartiendra le résultat. Le client croit avoir acheté un logiciel, le développeur croit avoir vendu des journées de travail, et la facture finale tombe entre les deux malentendus.
Un contrat de développement de logiciel règle ces points avant que le premier commit existe : ce qui est construit, comment on constate que c'est fait, ce que cela coûte, à qui reviennent les droits. En droit français, c'est un contrat d'entreprise, le « louage d'ouvrage » de l'article 1710 du Code civil : l'une des parties s'engage à faire quelque chose pour l'autre, moyennant un prix. Le contrat existe dès l'accord (article 1172), mais deux sujets exigent un vrai document : la preuve de ce qui a été promis, et la cession des droits d'auteur, que l'article L131-2 du Code de la propriété intellectuelle (CPI) impose de constater par écrit.
Ce guide s'attarde sur les deux pièges que les modèles traduits de l'anglais ratent souvent : la cession de droits, qui doit respecter l'article L131-3 du CPI, et la recette, dont la loi ne dit rien. Il passe aussi en revue les formes de contrat, huit clauses à ne pas laisser vides, un modèle à copier, la manière de le remplir et la signature en ligne. Pour la distinction entre un contrat et un simple accord, voir notre article sur la différence entre contrat et accord ; pour la méthode générale, comment rédiger un contrat.
Qu'est-ce qu'un contrat de développement de logiciel ?
Un contrat de développement de logiciel est conclu entre un client et un prestataire (développeur indépendant, agence ou entreprise de services du numérique, ESN) pour réaliser un logiciel : application web ou mobile, intégration, outil interne. On parle aussi de contrat de développement informatique, de contrat de développement d'application ou, plus largement, de contrat de prestation informatique : le fond reste le même. Il fixe le périmètre, les livrables, le prix, le calendrier, les droits sur le code, la confidentialité et les conditions de sortie.
Ce n'est ni un devis, ni un cahier des charges, ni un fil de discussion qui confirme la commande. Un devis accepté peut suffire à former un contrat, mais il dit rarement qui détient le code, comment on vérifie la livraison ou ce qui se passe si le projet s'arrête à mi-chemin. C'est ce silence que le contrat comble. En cas de litige, c'est le document que le juge lira.
Ce que le contrat couvre
Un contrat sérieux traite au minimum de :
- Périmètre et livrables : ce qui est construit, avec assez de précision pour qu'un tiers puisse dire si c'est livré
- Prix et jalons : prix total, échéancier, événement qui déclenche chaque paiement
- Cession des droits : qui détient le code une fois écrit, et sur quoi exactement
- La confidentialité, c'est-à-dire ce que chaque partie doit garder pour elle
- Recette : comment le client vérifie que le logiciel répond au besoin
- La garantie : ce que le prestataire corrige, et pendant combien de temps
- Résiliation et responsabilité : comment sortir, ce qu'on paie pour le travail fait, jusqu'où chacun répond
On confond souvent ce contrat avec le cahier des charges. Il y a un recouvrement, pas une identité : le cahier des charges décrit le produit, le contrat décrit la relation, et il renvoie au cahier des charges en annexe.
Quand faut-il un contrat de développement de logiciel ?
Dès que quelqu'un vous paie pour construire un logiciel, ou que vous payez quelqu'un pour le faire. Un freelance pour deux semaines ou une ESN pour douze mois de produit : l'échelle change, pas le besoin d'un écrit.
Vous en avez besoin quand :
- vous externalisez le développement, surtout vers une équipe à distance ou à l'étranger, où la loi applicable n'a plus rien d'évident
- le logiciel est sur mesure : plus il est spécifique, plus la question « à qui est-il ? » pèse
- le projet avance par phases, et chaque paiement dépend d'une recette écrite
- des données personnelles passent par le projet, ce qui appelle un volet de sous-traitance au sens de l'article 28 du RGPD
- le prestataire réutilise du code qu'il a déjà écrit ou des bibliothèques open source
- le prestataire est indépendant : tant qu'aucune cession écrite n'existe, c'est lui qui reste titulaire du code (voir plus bas)
Peut-on s'en passer ? Presque jamais. Même une mission de trois jours mérite une page qui dit quoi, combien, quand et à qui appartient le résultat. Elle coûte une heure. Un malentendu sur un projet « simple » coûte beaucoup plus.
Un accord oral ne vous donne pas le code
En droit français, le contrat de développement existe sans écrit (article 1172 du Code civil), donc un accord oral reste possible. Mais le CPI exige que les contrats qui transmettent des droits d'auteur soient constatés par écrit (article L131-2). Sans cession écrite, vous avez payé un logiciel dont le développeur reste l'auteur, avec les droits qui vont avec. Si le désaccord éclate un jour, vous aurez des factures, pas des droits. C'est l'assurance la moins chère que vous achèterez.
Forfait, régie, équipe dédiée : quel contrat choisir ?
Aucun modèle ne convient à tous les projets, et celui qui prétend le contraire vend quelque chose. La structure du contrat doit suivre la façon dont le projet est chiffré et cadré, faute de quoi elle crée des incitations qui jouent contre un bon résultat.
| Type de contrat | Convient à | Mode de prix | Qui porte le risque |
|---|---|---|---|
| Forfait | Projet bien défini, besoins stables | Prix global, payé par jalons | Le prestataire porte le dépassement ; le client a un budget certain |
| Régie (assistance technique) | Exploration, besoins qui évoluent | Temps passé multiplié par le taux journalier | Le client porte le dépassement ; le prestataire garde de la souplesse |
| Équipe dédiée | Produit suivi dans la durée | Forfait mensuel par développeur | Partagé : le client dirige, le prestataire fournit les journées |
| Contrat-cadre et SOW | Relation longue, plusieurs projets | Par projet, fixé dans chaque SOW | Négocié projet par projet |
Le forfait
Le contrat au forfait informatique est le plus répandu : le prestataire s'engage sur un périmètre et un prix, le client sait ce qu'il paiera. Tout repose sur la précision du cahier des charges : s'il est flou, chacun découvre en route qu'il n'avait pas compris la même chose. Une particularité du droit français joue ici en faveur du client : l'article 1794 du Code civil permet au maître de l'ouvrage de résilier un marché à forfait quand il veut, à condition de dédommager le prestataire de ses dépenses, de ses travaux et de ce qu'il aurait gagné. Mieux vaut chiffrer cette sortie dans le contrat que la laisser au juge.
La régie
Vous payez le temps passé à un taux journalier. C'est le bon choix quand le besoin se découvre en avançant. Le revers est l'absence de plafond naturel : un budget maximal et un point mensuel limitent le risque.
L'équipe dédiée
Pour un produit qui vit longtemps, une équipe dédiée fixe les règles d'une relation continue plutôt que d'une livraison unique. Les contrats des sociétés informatiques passent souvent par ce modèle avec leurs partenaires d'externalisation. Attention : un développeur indépendant intégré à vos équipes, à vos horaires et sous vos ordres expose à la requalification en salariat, comme l'explique notre article sur la différence entre indépendant et salarié.
Le contrat agile
Le « contrat agile » n'existe pas comme catégorie légale : c'est un montage. Backlog évolutif, forfait par sprint ou par lot, régie plafonnée, ou forfait à périmètre variable avec possibilité de sortir à chaque fin de sprint. La recette porte alors sur chaque incrément, pas sur « le logiciel », et le contrat doit le dire.
Contrat-cadre et SOW
Pour une relation longue, on sépare le contrat-cadre (droits, confidentialité, responsabilité, loi applicable) des SOW, ou bons de commande, qui fixent les livrables, les délais et le prix de chaque projet.
Les huit clauses d'un contrat de développement de logiciel
Toutes les clauses ne pèsent pas pareil. Voici les huit où un contrat se gagne ou se perd, parce qu'une formulation vague y produit de vrais litiges.
1. Périmètre et livrables
Décrivez ce qui est construit assez précisément pour qu'une personne étrangère au projet puisse dire si c'est livré : fonctions, contraintes techniques, services tiers, niveaux de performance. Nommez aussi ce qui est hors périmètre. « Faire un site » n'est pas un périmètre. « Une application Next.js responsive avec les fonctions de l'Annexe A et un score Lighthouse mobile d'au moins 90 » en est un. Le flou est la première source de litiges logiciels : chacun est persuadé d'avoir été clair.
2. Prix, jalons et délais de paiement
Listez chaque paiement : montant, événement déclencheur, moyen de paiement. Liez les jalons à des livrables recettés, pas à des dates du calendrier. Entre professionnels, le délai convenu ne peut pas dépasser soixante jours après la date de la facture (article L441-10 du Code de commerce), et le contrat doit fixer le taux des pénalités de retard, qui ne peut être inférieur à trois fois le taux d'intérêt légal. L'indemnité forfaitaire de recouvrement est de 40 euros. Le détail est dans notre article sur les délais de paiement.
3. Cession des droits de propriété intellectuelle
C'est la clause que la plupart des lecteurs survolent, et celle où le droit français est le plus exigeant. Qui détient le code sur mesure ? Les briques que le prestataire avait déjà ? Les composants open source ? La cession doit nommer chaque droit cédé et en délimiter l'étendue, la destination, le lieu et la durée (article L131-3 du CPI). La section sur le droit d'auteur plus bas détaille la rédaction.
4. Confidentialité
Prévoyez une confidentialité réciproque : le prestataire ne divulgue ni vos données ni votre logique métier, vous ne divulguez pas ses outils et méthodes. Fixez une durée de survie après la fin du contrat. Pour un accord autonome, lisez le guide du NDA pour les sociétés de logiciel et comment créer un NDA solide.
5. Recette
Définissez comment le client vérifie chaque livrable : délai de vérification (cinq à dix jours ouvrés est courant), format des retours, critères de réussite, et ce qui se passe si le client ne répond pas. La loi ne définit pas la recette : tout dépend de ce que vous écrivez. Un procès-verbal de recette, avec ou sans réserves, devient le point de départ de la garantie et du paiement du jalon.
Le contrat doit aussi dire quelle est la nature de l'engagement. La loi ne tranche pas entre l'obligation de résultat (livrer un logiciel conforme au cahier des charges) et l'obligation de moyens (travailler avec diligence), et les juges regardent le contrat, la précision du cahier des charges et la part prise par le client. Un forfait aux critères de recette précis plaide pour un résultat, une régie pour des moyens. Écrivez la qualification plutôt que de laisser le juge la deviner : l'article 1.4 du modèle le fait.
6. Garantie
Le prestataire garantit que le logiciel fonctionne conformément à l'Annexe A, que le code est original (ou valablement licencié) et que sa livraison ne contrefait aucun droit de tiers. Une période de correction des anomalies après la recette (trente à quatre-vingt-dix jours en pratique) protège contre les défauts découverts après la mise en production. Précisez que la garantie ne couvre pas ce que le client a modifié lui-même.
7. Résiliation
Chaque partie doit pouvoir sortir moyennant préavis (trente jours est courant). Définissez le sort du travail en cours et le calcul du solde. Séparez la résiliation pour manquement (inexécution grave, insolvabilité, non-paiement), avec mise en demeure préalable (articles 1224 à 1226 du Code civil), de la résiliation pour convenance, qui se paie.
8. Loi applicable et juridiction
Nommez le droit applicable et le tribunal compétent. Entre un client français et un prestataire établi à l'étranger, cette clause décide quel juge tranchera le litige. Ne la laissez pas vide sous prétexte qu'elle fait « formelle » : c'est l'une des plus utiles dès qu'un prestataire est hors de France. Dans l'Union européenne, le règlement Rome I laisse les parties choisir la loi applicable.

Les droits, le périmètre et les jalons de paiement se règlent avant le début du développement, pas pendant.
La recette est la clause qui évite le plus de litiges
Sans critères de recette écrits ni délai de vérification, le paiement du dernier jalon devient négociable : le client peut toujours dire que le logiciel n'est « pas prêt », le prestataire peut toujours livrer à moitié. Écrivez les critères de réussite avant de commencer, pas au milieu de la dispute sur la question de savoir si le test est passé. Et prévoyez ce qui se passe quand le client se tait : une relance écrite, puis une recette réputée prononcée.
Modèle de contrat de développement de logiciel à copier
Voici une base à adapter. Remplacez tous les champs entre crochets par vos conditions. Ce modèle est écrit pour le droit français : la clause de cession (article 3) suit l'article L131-3 du CPI. C'est, avec la garantie et la limitation de responsabilité, la partie à faire relire par un avocat spécialisé en droit de l'informatique. Un modèle est un point de départ, pas un conseil juridique.
Si vous gérez les contrats de plusieurs prestataires informatiques, garder tous les exemplaires signés au même endroit, avec l'historique des versions, vous évite les échanges de fichiers Word renommés « final_v3_VRAI ».
Un modèle gratuit, à faire relire
Ce modèle couvre l'essentiel d'un projet de développement classique. Pour un projet en plusieurs phases, une exploitation commerciale du logiciel ou un prestataire hors de l'Union européenne, faites relire la cession, la garantie et la limitation de responsabilité par un avocat avant de signer. Partir d'un bon modèle vaut mieux que partir d'une page blanche, mais ne remplace pas un conseil. Dans Chaindoc, vous pouvez créer et adapter le contrat en ligne à partir de la bibliothèque de modèles, puis l'envoyer pour signature.
Faites signer votre contrat de développement en quelques minutes
Envoyez le contrat à signer avec Chaindoc, suivez qui a signé et gardez une trace vérifiable du document. Fini les fils d'e-mails et les fichiers « final_v3_FINAL.docx ».
Ouvrir les modèles dans ChaindocRemplir le modèle, étape par étape
Le modèle contient une douzaine de champs à compléter. Pour rédiger un contrat de prestation informatique sans laisser de trou qui se transformera en litige, voici l'ordre à suivre.
Définir le périmètre avant d'ouvrir le contrat
N'ouvrez pas le modèle avant d'avoir écrit ce que le logiciel doit faire : fonctions, contraintes techniques, services tiers, dépendances. L'article 1 ne vaut que ce que vaut le cahier des charges derrière lui.
Le cahier des charges du développement logiciel va en Annexe A : joignez-le et renvoyez-y depuis le contrat. Le contrat reste lisible, et le détail technique devient contractuel.
Construire l'échéancier de jalons
Partez de la date de livraison et remontez. Découpez en phases (cadrage, conception, développement, tests, mise en production) et attachez à chacune un montant et une date. Chaque paiement doit refléter la valeur livrée à ce stade.
Comptez une à deux heures, à deux. C'est toujours plus long que prévu, et c'est mieux de le faire maintenant.
Rédiger la cession de droits, mot à mot
Lisez l'article 3 en entier. Pour chaque droit cédé (reproduction, adaptation, mise sur le marché), vérifiez que l'étendue, la destination, le lieu et la durée sont remplis. Si le prestataire utilise ses propres outils, listez-les dans les éléments préexistants. Si vous utilisez de l'open source, nommez les licences.
C'est la clause qu'un juge relira à la loupe. Une cession « de tous les droits » sans délimitation est exactement ce que l'article L131-3 sanctionne.
Fixer le délai et les critères de recette
Choisissez le délai de vérification avant de le remplir. Dix jours ouvrés sont courants ; en dessous, les relecteurs en déplacement déclenchent des litiges.
Mettez les critères dans l'Annexe A, en termes testables : « le tableau de bord s'affiche en moins de trois secondes en 4G » vaut mieux que « l'application doit être rapide ».
Choisir la loi applicable et le tribunal
Entre deux parties françaises, le droit français et le tribunal du siège de l'une ou de l'autre suffisent. Avec un prestataire étranger, pesez le choix : le droit français vous est familier, mais faire exécuter un jugement à l'étranger coûte plus cher, et un droit neutre est parfois accepté plus vite. Quelle que soit l'option, les deux parties doivent l'accepter expressément. Ne laissez pas le champ vide.
Signer avec une signature électronique conforme
Une image de signature manuscrite collée dans un PDF ne prouve presque rien. En France, l'écrit électronique a la même force probante que le papier si son auteur est dûment identifié et si l'écrit est conservé de manière à en garantir l'intégrité (article 1366 du Code civil), et la signature électronique repose sur un procédé fiable d'identification (article 1367). Le règlement eIDAS interdit en outre de refuser à une signature électronique ses effets juridiques au seul motif qu'elle est électronique (article 25). Le service de signature doit lier chaque signature au hash du document, pour qu'une modification après coup se voie.
Les clauses que la plupart des contrats oublient
La plupart des modèles couvrent les bases. Voici les clauses qui disparaissent des contrats bâclés ou rédigés à la hâte, et qui comptent le plus le jour où quelque chose tourne mal.
Des critères de recette chiffrés
L'article 6 du modèle dit quand et comment le client vérifie. Ce que beaucoup de contrats omettent, ce sont les critères eux-mêmes. Sans seuils mesurables, la recette devient une négociation : le client peut toujours juger le logiciel « pas assez bien ». Écrivez des critères objectifs en Annexe A avant le début du développement.
Séquestre du code source et réversibilité
Si votre activité dépend d'un logiciel sur mesure et que le prestataire disparaît, il vous faut le code. Un séquestre dépose le code chez un tiers, qui le remet au client si le prestataire cesse son activité ou manque gravement à ses obligations. À défaut, la clause de réversibilité (remise du code, de la documentation et des accès à la fin du contrat, sans frais cachés) est le minimum. Peu de clients y pensent avant d'en avoir besoin, et la plupart des prestataires l'acceptent quand elle est demandée tôt. Pour une application mobile, ajoutez les accès : le contrat de développement d'application mobile doit dire qui est titulaire des comptes développeur des boutiques d'applications, des certificats de signature et des clés d'API.
Responsabilité après la livraison
L'article 8 plafonne la responsabilité, mais beaucoup de modèles ne disent rien de la durée. Jusqu'à quand le prestataire répond-il ? Si un défaut fait perdre des données dix-huit mois après la livraison, qui paie ? Fixez la période de garantie et la responsabilité après elle. Gardez aussi en tête que l'article 1170 du Code civil prive d'effet une clause qui vide de sa substance l'obligation essentielle du prestataire : un plafond trop bas risque de tomber.
Ordres de modification
L'article 10 exige un ordre signé pour toute modification du périmètre. Ce que beaucoup omettent : qui a le pouvoir de le signer. Si un chef de projet côté client réclame une fonction par message et que le prestataire la développe, est-elle due ? Seulement si la procédure a été suivie. Nommez des rôles, pas des personnes, qui ont l'autorité d'autoriser les changements.
Open source et données personnelles
Une bibliothèque sous licence GPL, par exemple, peut imposer de publier le code de votre produit qui l'intègre. Exigez la liste des composants open source et de leurs licences, et la confirmation de leur compatibilité avec l'usage prévu. Même logique pour les données : si le prestataire traite des données personnelles, l'article 28 du RGPD impose un contrat de sous-traitance, et mieux vaut le signer avant le premier accès à une base réelle.
Droit d'auteur et logiciel : la cession qui tient devant un juge
La propriété intellectuelle est la clause que le client survole, et celle où les erreurs coûtent le plus. En France, elle a une règle de forme que les modèles venus de l'étranger ignorent.
La cession qui ne vaut rien
Les modèles traduits de l'anglais disent presque tous la même chose : le prestataire cède « tous droits, titres et intérêts, y compris tous les droits d'auteur ». En droit français, cela ne suffit pas. La transmission des droits est subordonnée à la condition que chacun des droits cédés fasse l'objet d'une mention distincte dans l'acte de cession, et que le domaine d'exploitation soit délimité quant à son étendue, à sa destination, au lieu et à la durée (article L131-3 du CPI). La cession globale des œuvres futures est nulle (article L131-1). Un contrat qui ne fait que reprendre la formule américaine laisse donc le client avec une cession fragile, voire sans cession.
Ce que la loi prévoit pour le logiciel
Le CPI contient des règles propres au logiciel, plutôt favorables au client :
- le droit d'exploitation du logiciel comprend la reproduction, la traduction, l'adaptation ou toute autre modification, et la mise sur le marché (article L122-6) : ce sont les trois droits à lister dans la cession
- une rémunération forfaitaire est licite en cas de cession de droits portant sur un logiciel (article L131-4, 5°), donc le prix du projet peut valoir rémunération de la cession
- l'auteur d'un logiciel ne peut pas s'opposer à sa modification par le cessionnaire, tant qu'elle ne porte atteinte ni à son honneur ni à sa réputation, et ne peut pas exercer de droit de repentir ou de retrait (article L121-7)
- l'action en révision pour lésion de l'article L131-5 n'est pas ouverte aux auteurs de logiciels
Les quatre modèles de propriété
| Modèle | Ce que le client obtient | Ce que le prestataire garde | Convient à |
|---|---|---|---|
| Cession complète | Les droits patrimoniaux sur le code sur mesure, exploitation libre | Rien sur ce projet | Produits sur mesure où le client veut la maîtrise commerciale |
| Licence d'utilisation | Un droit d'usage ; pas de modification du cœur | La propriété du code, la réutilisation pour d'autres clients | Outils SaaS ou services bâtis sur la pile du prestataire |
| Hybride open source | Composants open source sous leurs licences, plus cession du sur-mesure | Ses éléments préexistants | Le modèle le plus réaliste pour un logiciel moderne |
| Copropriété | Droits partagés | Droits partagés | Rarement conseillé : les coauteurs exercent leurs droits d'un commun accord (article L113-3) |
Éléments préexistants et chaîne de droits
Presque tous les développeurs apportent des outils et des bibliothèques écrits avant votre projet. Le contrat doit les identifier et vous en concéder une licence d'usage, sans transférer la propriété de ces briques. Demandez aussi la chaîne de droits : les droits sur le code d'un salarié sont dévolus à son employeur (article L113-9), mais ceux d'un freelance sous-traitant ne le sont pas. Le prestataire ne peut vous céder que ce qu'il détient lui-même.
Le « work made for hire » n'existe pas ici
Le droit américain connaît le work made for hire : le code écrit par un salarié appartient à l'employeur. Le CPI a l'équivalent pour les employés seulement (article L113-9), pas pour les prestataires. Un contrat de louage d'ouvrage ne dérogeant pas aux droits de l'auteur (article L111-1), un indépendant ou une agence reste titulaire du code tant qu'une cession écrite conforme à l'article L131-3 n'existe pas. Pour les modèles de contrat web et logiciel, la bibliothèque de modèles Chaindoc fournit une base d'édition ; la rédaction de la cession reste à adapter à votre cas.
Payer le code ne suffit pas à l'acquérir
Un contrat de louage d'ouvrage ne déroge pas aux droits de l'auteur (article L111-1 du CPI). Faute de cession écrite conforme à l'article L131-3, le développeur reste titulaire des droits sur le code, même payé en totalité. C'est la surprise la plus courante, et la plus chère, des contrats de développement. Payer un travail n'en transfère pas les droits : seule une cession écrite et précise le fait.
Contrat-cadre, SOW, avenant : qui sert à quoi ?
Ces documents se confondent sans cesse. En bref : un contrat de développement pour un projet isolé, un contrat-cadre plus un SOW pour une relation qui dure. Chacun a un rôle, et les mélanger crée des trous de responsabilité.
| Document | Ce qu'il fait | Engage les parties ? | Quand |
|---|---|---|---|
| Contrat de développement de logiciel | Contrat complet d'un projet : périmètre, droits, prix, garantie, résiliation | Oui | Au début du projet |
| Contrat-cadre (MSA) | Socle juridique d'une relation longue : responsabilité, droits, confidentialité, loi applicable | Oui | Une fois, au début de la relation |
| SOW ou bon de commande | Livrables, calendrier et prix d'un projet sous le contrat-cadre | Oui | Pour chaque projet |
| Avenant (ordre de modification) | Modification autorisée du périmètre d'un contrat ou d'un SOW | Oui | Au fil du projet |
| Devis ou proposition | Offre préalable, qui devient contractuelle si le client l'accepte | Pas avant l'acceptation | Avant le contrat |
Pour un projet isolé, un contrat unique comme celui de ce guide suffit. Pour un partenaire de développement avec qui vous menez plusieurs projets, l'ensemble contrat-cadre et SOW est plus efficace : vous négociez le socle juridique une fois, puis chaque projet ajoute un SOW.

Illustration : suivre un contrat de développement par jalons, avec l'état des signatures.
Ce que la signature d'un contrat de développement doit prouver
| Ce qu'il faut pouvoir prouver | Pourquoi cela compte ici | Ce que Chaindoc enregistre |
|---|---|---|
Qui a signé | L'article 1367 veut que la signature identifie son auteur | L'adresse e-mail du signataire, avec une vérification d'identité KYC en option |
Quel document a été signé | Les annexes A et B portent le périmètre et le prix : elles doivent faire partie du fichier signé | L'empreinte (hash) du fichier calculée à l'envoi ; l'empreinte de la version publiée est inscrite sur la blockchain |
À quel moment | La date de signature est le point de départ des délais de recette et de garantie | Un horodatage dans le certificat de signature |
Intégrité après la signature | L'article 1366 conditionne la force probante à l'intégrité de l'écrit | Toute modification du fichier change son empreinte, et l'écart se voit à la vérification |
Ordre de signature | Client puis prestataire, ou l'inverse : l'ordre peut compter | Invitation de tous en même temps par défaut ; ordre imposé par les circuits d'approbation du plan Business |
Preuve de chaque signataire | En cas de litige, chaque signature doit se rattacher à son auteur | La preuve de chaque signataire est enregistrée à la fin de la signature |
Ordres de modification | Chaque changement de périmètre doit être signé avant d'être exécuté (article 10 du modèle) | Un ordre de modification est un nouveau document, envoyé et signé de la même façon |
Retrouver la preuve plus tard | Un litige peut surgir des mois après la livraison | Le certificat et le fichier signé restent rattachés à l'empreinte de la version |
Signer un contrat de développement de logiciel en ligne
Faire signer un contrat de développement de logiciel voulait dire imprimer, scanner, envoyer et espérer que les deux versions soient identiques. Il n'y a plus aucune raison de procéder ainsi.
Ce qui rend une signature électronique valable
Pour un contrat commercial, une signature électronique tient lorsqu'elle remplit ces conditions :
- elle identifie son auteur (article 1367 du Code civil)
- elle manifeste son consentement à l'acte
- elle est liée à l'acte signé, dont l'intégrité est garantie
- l'écrit est conservé dans des conditions qui en garantissent l'intégrité (article 1366)
La présomption de fiabilité prévue par l'article 1367 s'attache aux signatures électroniques qualifiées, selon le décret n° 2017-1416. Une signature simple reste recevable, mais c'est à celui qui s'en prévaut d'en démontrer la fiabilité. Les signatures cryptographiques vont plus loin : chacune est liée mathématiquement au hash du document, et changer un seul caractère après coup change l'empreinte. Aucune partie ne peut ensuite soutenir que le document a été modifié sans que cela se voie.
Comment se déroule la signature
Un contrat d'informatique est rarement seul : contrat-cadre, SOW, NDA, avenants circulent en même temps. Un circuit de signature dédié évite le désordre des versions échangées par e-mail :
- téléversez le contrat finalisé, annexes comprises, en un seul fichier
- ajoutez l'adresse e-mail de chaque signataire ; tous sont invités en même temps, et un ordre fixe passe par les circuits d'approbation du plan Business
- chaque signataire signe depuis son appareil
- le service établit un certificat de signature, avec les horodatages et l'empreinte du document
- chaque partie conserve le document signé, et la preuve peut ensuite être vérifiée avec le service de vérification de Chaindoc
Jalons et facturation
Le plus utile, dans un outil de contrats, n'est pas la signature elle-même, c'est ce qui vient après. Le procès-verbal de recette d'un jalon est un document qui se signe comme le contrat, et il déclenche la facture. Pour les équipes qui suivent paiements et contrats, signer le procès-verbal au même endroit que le contrat garde recette et facturation alignées. Les offres sont détaillées sur la page des tarifs, et le service de signature est présenté sur la page de la signature électronique.
Textes de référence
- Code civil, articles 1366 et 1367 sur l'écrit et la signature électroniques
- Code de la propriété intellectuelle, article L131-3 sur la cession des droits d'auteur
- Code de la propriété intellectuelle, articles L122-6 et L121-7 sur les droits propres au logiciel
- Code de commerce, article L441-10 sur les délais de paiement
D'autres guides pratiques sont sur le blog Chaindoc.
Questions fréquentes
Trouvez les réponses essentielles sur Chaindoc et la signature sécurisée de documents.
C'est le contrat par lequel un prestataire (développeur indépendant, agence ou ESN) s'engage à réaliser un logiciel pour un client, moyennant un prix. Il fixe le périmètre, les livrables, le calendrier de paiement, la cession des droits d'auteur, la confidentialité, la recette et les conditions de résiliation. En droit français, c'est un contrat d'entreprise (article 1710 du Code civil).
Tant qu'aucune cession écrite n'existe, au développeur. Un contrat de louage d'ouvrage ne déroge pas aux droits de l'auteur (article L111-1 du CPI), et les contrats qui transmettent des droits d'auteur doivent être constatés par écrit (article L131-2). La cession doit en outre lister chaque droit cédé et en délimiter l'étendue, la destination, le lieu et la durée (article L131-3), sans quoi la transmission est fragile. Les droits sur le code d'un salarié reviennent à son employeur (article L113-9), pas ceux d'un freelance sous-traitant : demandez la chaîne de cessions. Les briques que le prestataire avait avant le projet font l'objet d'une licence, pas d'une cession.
Le forfait convient à un besoin stable et bien décrit : prix connu, risque de dépassement pour le prestataire. La régie convient à un besoin qui évolue : vous payez le temps passé, avec un budget plafond pour limiter le risque. Entre les deux, beaucoup de projets agiles retiennent un forfait par sprint ou par lot.
Pas comme catégorie légale : c'est un montage contractuel. On y retrouve un backlog évolutif, un forfait par sprint ou par lot, une régie plafonnée, ou un forfait à périmètre variable avec sortie possible à chaque fin de sprint. L'essentiel est d'écrire que la recette porte sur chaque incrément, avec ses critères, et de nommer qui peut accepter un changement de périmètre.
Oui, avec des réserves. Un modèle gratuit est une base correcte pour un projet simple entre deux parties françaises. Dès que le projet est complexe, que le logiciel sera exploité commercialement, que le prestataire est à l'étranger ou que les rapports de force sont inégaux, faites relire par un avocat la cession des droits (article L131-3 du CPI), la garantie et la limitation de responsabilité. Le coût de la relecture est presque toujours inférieur à celui d'un litige.
Plus de guides sur la signature électronique et la blockchain
Des guides pratiques sur les signatures électroniques, les pistes d'audit blockchain et la gestion sécurisée des documents, pour approfondir ce que vous venez de lire.


